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# Posté le mardi 16 juin 2009 10:31

Eugénsime d'Etat: la leçon suédoise

Eugénsime d'Etat: la leçon suédoise
Alors qu'en France, on débat passionnément pour défendre le "droit à l'avortement" et le "droit de mourir dans la dignité", la Suède tente d'oublier son passé d'eugénisme d'État perpétré en toute impunité pendant presque un demi-siècle.

Selon le Conseil d'État français dans son étude sur la révision des lois de bioéthique de 2009, l'eugénisme désigne "l'ensemble des méthodes et pratiques visant à améliorer le patrimoine génétique de l'espèce humaine. Il peut être le fruit d'une politique délibérément menée par un État et contraire à la dignité humaine. Il peut aussi être le résultat collectif d'une somme de décisions individuelles convergentes prises par les futurs parents, dans une société où primerait la recherche de l' « enfant parfait », ou du moins indemne de nombreuses affections graves."

Dans notre passé récent, l'eugénisme d'État a pris plusieurs formes: sa perspective totalitaire du temps de l'Allemagne nazie est largement connue. Ce qui l'est moins, c'est qu'une démocratie comme la Suède a pu, pendant une quarantaine d'années, appliquer des mesures visant à purifier la race nordique et à expulser de la cité des individus sur des critères biologiques.

En 1922, un député social-démocrate dépose le premier projet de loi eugéniste. La loi sera finalement adoptée en 1934 par le Parlement du royaume et entrera en vigueur l'année suivante, sur les recommandations de l'Institut de biologie raciale d'Uppsala, qui effectuait alors des travaux sur l'hérédité de certaines tares et comportements (alcoolisme, perversité). Il s'agissait de faire stériliser des personnes attardées ou inaptes, dont le traitement coûtait trop cher à la société, au nom de la science, qui prenait le dessus sur l'individu.
Entre 1935 et 1976, 65 000 personnes, dont 93 % de femmes, ont été stérilisées. En 1934 puis en 1941, les différents gouvernements ont adopté deux lois à ces fins, autorisant cet acte d'abord pour les " déficients mentaux " puis pour tous les " asociaux " : handicapés mentaux, épileptiques, femmes ne pouvant entretenir leurs enfants, " marginaux ", Gitans, mauvais élèves, et toutes personnes perçues comme entraves au développement d'une société moderne. Le phénomène a largement dépassé le cadre de la Seconde guerre mondiale. L'enfer étant pavé de bonnes intentions, les Sociaux-démocrates suédois affirmaient éliminer les maladies et la pauvreté pour le bien-être de la société et pour construire un monde meilleur, humanitaire et profitable à tous. Pour le quotidien suédois Dagens Nyheter, la responsabilité est nationale : « Ces lois ont vu le jour dans un environnement historique particulier, avec un large consensus politique, dans une société en mutation, tournée vers le modernisme et le rationalisme. »

Le programme eugéniste a été révélé au public à la fin des années 1990, et a provoqué un véritable traumatisme dans la tranquille société suédoise, d'autant plus que le système social-démocrate scandinave était souvent montré comme un modèle de réussite économique. En 1999, le gouvernement a accepté pour la première fois d'indemniser des victimes de stérilisations forcées, jusqu'à 19 000 euros par personne. La Suède continue avec gêne et lenteur d'explorer son histoire, non sans sinistres découvertes, comme la mise à jour des réseaux de fuite de nazis venus se réfugier dans la patrie de Bergman après 1945.

L'eugénisme dénoncé en Allemagne et en Suède se poursuit encore sous d'autres formes:en France et aux États-Unis, il se manifeste par le désir d'enfant parfait et se traduit par un dépistage accéléré des embryons, afin de détecter les traces de maladies mentales, comme la trisomie 21. « En France, 92 % des cas de trisomie sont détectés (...) et 96% des cas ainsi détectés donnent lieu à une interruption de grossesse. » explique le Pr Jean-Marie Le Méné, président de la Fondation Jérôme-Lejeune, qui déplore l'existence d'« une pratique individuelle d'élimination presque systématique ».D'où ce paradoxe:dans nos sociétés libérales où de nombreux moyens sont mis en ½uvre pour favoriser l'intégration des handicapés, le dépistage fait tout pour qu'ils disparaissent avant même de naître.

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# Posté le samedi 13 juin 2009 06:09

Modifié le samedi 13 juin 2009 06:20

La chute du Mur de l'argent

La chute du Mur de l'argent
Choc sans précédent dans l'histoire économique américaine: l'ex-n°1 de l'automobile General Motors a déposé son bilan début juin, obligeant le gouvernement de Washington à procéder à une nationalisation au pays de la libre-entreprise.

Band of Brothers est une mini-série produite par Steven Spielberg qui relate les péripéties des soldats américains de la Easy-Company de la 101st Airborne Division pendant la Seconde guerre mondiale. Dans l'avant-dernier épisode, une scène se passe sur une autoroute d'Allemagne, en mai 1945. Les héros croisent une colonne de prisonniers de guerre ennemis, lorsqu'un des soldats de la Easy Company hurle soudain aux graves officiers allemands qui se sont rendus: "Ah ! Vous êtes moins fiers, salauds de fascistes ! Vous allez en bavez ! Implorez votre pardon devant General Motors !"

L'Amérique, c'était General Motors, cet énorme constructeur automobile qui a incarné pendant un siècle la puissance industrielle des États-Unis. Les Cadillac, Pontiac, Chevrolet et autres Buick écrasaient les Volkswagen et s'imposaient sur toute la Planète. Dans les années qui suivirent la capitulation de l'Allemagne nazie, GM était la plus grande firme industrielle au monde, le plus gros employeur des États-Unis. Plus qu'un géant du système capitaliste, c'était un symbole.

La crise économique de l'automne 2008 a été fatale à l'entreprise crée cent ans plus tôt par le self made man William Durant. La bourrasque financière, partie de l'immobilier, a ravagée la banque, puis l'industrie automobile. Après la faillite spectaculaire de Lehman Brothers, qui a laissé muets de stupeur les spécialistes anglo-saxons, c'est au tour de GM de succomber.
Les dirigeants de l'entreprise avaient pourtant joué des mains et des pieds pour échapper au dépôt de bilan. En décembre 2008, alors que Barack Obama avait été élu un mois plus tôt, George W. Bush décida dans les derniers jours de son mandat d'octroyer 9,4 milliards de dollars de crédits d'urgence au constructeur contre la volonté d'une majorité de l'opinion publique... En vain. Le 1er juin 2009, General Motors a déposé son bilan. Après la restructuration, le Trésor américain prendra une participation de 60 % à 75 %. C'est une nationalisation très officielle, dans un pays où l'État a pour règle de ne jamais se mêler des affaires économiques.

Sur son blog, le journaliste Patrick de Plunkett donne quelques pistes pour décrypter la chute de GM: "en 1979, General Motors a fait le mauvais choix en se « recentrant » sur les camions et les 4x4, profitables pour le vendeur mais terribles consommateurs d'essence. C'était voir à très court terme, et ignorer l'échéance inévitable du pic de pétrole (la raréfaction annoncée des gisements dans le monde) avec sa conséquence structurelle : le carburant cher, qui va saper tous les piliers de la société de consommation – et qui aurait dû inciter les constructeurs automobiles à chercher des alternatives, en commençant par renoncer aux gros véhicules." Le ver était donc dans le fruit avant la crise. Mais la course au profit a aveuglé plus d'un responsable. C'est le matérialisme pratique effréné, vainqueur en 1989 de son rival communiste le matérialisme dogmatique, qui a conduit les économies mondiales au désastre. On prônait les principes américains, la libre entreprise, l'ouverture des frontières, la fin du rôle de l'État, tout en faisant fi de toute déontologie... La crise a remis en question cette foi inébranlable.

"L'automobile n'est plus la colonne vertébrale de l'économie américaine, mais elle reste stratégique en raison du nombre d'emplois directs et indirects. Des faillites en cascade, avec la perte de dizaines de milliers d'emplois, creuseraient la récession dans l'ensemble du pays et peuvent entraîner l'effondrement économique du Midwest industriel. Voilà pourquoi Barack Obama fait tout pour sauver ce qui peut l'être des activités de Chrysler et de General Motors, quitte à se montrer «protectionniste» en faveur des emplois dans l'automobile américaine." note Pierre Rousselin, chroniqueur au Figaro.

# Posté le mercredi 10 juin 2009 10:49

Le dernier des dinosaures

Le dernier des dinosaures
Le président du Gabon Omar Bongo est mort à Barcelone le 8 juin 2009, le lendemain des élections européennes, à l'âge de 73 ans. Au pouvoir depuis 42 ans, il était le doyen des chefs d'États africains et le dernier pilier de la Françafrique.

Les autorités du Gabon ont annoncé le décès officiel du président Omar Bongo, qui souffrait depuis 2007 d'un cancer. Le vieux chef d'État avait auparavant remis tous ses pouvoirs à son fils, le ministre de la Défense Ali Ben Bongo, qui s'est empressé de fermer les frontières du pays. Il a également annoncé "la sécurisation des sites et des bâtiments administratifs sensibles".
Le ministre français des affaires étrangères Bernard Kouchner, a déclaré que la France "perd un ami (...) je déplore également une perte pour l'Afrique, continent où M. Bongo, unanimement respecté par ses pairs, avait ½uvré avec détermination et courage à la paix et la stabilité". Nicolas Sarkozy avait peu avant exprimé "beaucoup de tristesse et d'émotion" après l'annonce du décès du président gabonais: "C'est un grand et fidèle ami de la France qui nous a quittés, une haute figure de l'Afrique et un chef d'État qui avait su gagner l'estime et le respect de l'ensemble de ses pairs".

La France salue la disparition de son dernier fidèle sur le continent africain. Omar Bongo était l'ultime représentant de la Françafrique, cette alliance politico-industrielle qui a fait d'une partie de l'ancien Empire colonial africain la chasse gardée de Paris pendant des dizaines d'années, notre "Pré carré"..

Albert-Bernard Bongo est né en 1935 au plein c½ur de l'Afrique équatoriale française. Après son service militaire dans les troupes coloniales, il est repéré très tôt par les services secrets du général de Gaulle qui l'imposent comme chef du cabinet de Léon M'Ba, premier président de la République du Gabon, devenue indépendante en 1960. Il lui succède à sa mort, en 1967, à la tête du Parti démocratique gabonais, qui devient parti unique en 1968. Grâce à l'appui de Jacques Foccart, le "Monsieur Afrique" de l'Élysée qui tire les ficelles de la vie politique dans les anciennes colonies du continent, Bongo devient une pièce maîtresse dans le dispositif de la Françafrique. Il reçoit la protection de l'armée française, qui ouvre une base militaire permanente à Libreville, non loin du palais présidentiel (encore 800 hommes en 2009).
En 1973, Albert-Bernard Bongo se convertit à l'islam et devient Omar Bongo. Cette conversion l'aide à adhérer à l'OPEP en 1974, ce qui permet à son clan de s'enrichir considérablement, car le Gabon est un grand producteur de pétrole. Bongo sera d'ailleurs directement impliqué dans le scandale de la compagnie pétrolière française Elf, qui mouillera de nombreux hommes politiques enrichis et corrompus. Impulsif, très généreux avec les membres de son clan et farouchement attaché à son pouvoir, il gouverne de façon dictatoriale jusqu'en 1990, où il est obligé d'instaurer le multipartisme, ce qui provoque des émeutes vite réprimées par l'armée française. En 2005, il est réélu avec 79 % des suffrages, malgré les énormes fraudes constatées.

Très lié à la vie politique française, Bongo arrose les différents partis (le PS en 1981, puis le RPR en 1988 et en 1995) et se lie d'amitié avec George Pompidou, Valéry Giscard d'Estaing, François Mitterrand et surtout Jacques Chirac. Il a rencontré également Jean-Marie Le Pen et François Bayrou. À peine élu, le 7 mai 2007, Nicolas Sarkozy l'a appelé pour le remercier de « ses bons conseils », puis l'a recu à l'Elysée et a ordonné à tout son gouvernement de saluer un « ami de la France ». Deux mois plus tard, c'est Libreville que le président français choisit pour clore sa première tournée africaine, le 27 juillet 2007. Il n'arrive pas les mains vides, puisqu'il a obtenu, la semaine précédente, un accord jamais vu du Club de Paris qui allège d'au moins 15% la dette gabonaise... Le député-maire UMP de Levallois Patrick Balkany est un habitué du palais présidentiel du Gabon, et le ministre Bernard Kouchner est fortement suspecté d'avoir touché des pôts-de-vin gabonais. Omar Bongo est par ailleurs membre de la franc-maçonnerie française depuis 1965, qui l'a toujours soutenu.

Une page se tourne. La Françafrique s'effondre, malgré les efforts déployés par Jacques Chirac et repris par Nicolas Sarkozy. Les despotes autoproclamés grands amis de la France disparaissent les uns après les autres: Houphouët-Boigny (Côte d'Ivoire) en 1995, Mobutu (Zaïre) en 1997, Gnassigbé Eyadéma (Togo) en 2005... Le Sénégal se tourne vers le camp américain ; le Tchad sombre dans le chaos, alors que les Chinois et les Américains convoitent les richesses pétrolières de la région. Il ne reste plus à la France que le Congo-Brazzaville, la Guinée équatoriale et le Cameroun. Le premier pays est tenu d'une main de fer par Denis Sassou Nguesso, qui a pris le pouvoir avec l'aide militaire de son voisin Omar Bongo (un "homme de paix", vraiment ?), et devenu grand démocrate depuis son entrée dans la franc-maçonnerie. Le second est une minuscule enclave riche en pétrole gouvernée par Theodore Obiang, un président sanguinaire propriétaire de nombreux hôtels particuliers en France qui crucifiait ses opposants sur le bord des routes il y a encore quelques années. Quant au Cameroun, les dirigeants résistent à l'influence des USA, et en profitent pour demander n'importe quoi à Paris... Pour combien de temps ces régimes resteront sous tutelle française ?

Omar Bongo n'aura certainement pas brillé pour son génie d'homme d'État, avec un pays pauvre qui ne profite pas de la manne pétrolière, mais il était devenu, à la longue, un moindre mal nécessaire à la stabilité du Gabon et de l'Afrique centrale... Un fils de pute, certes, mais un fils de pute à nous, comme disent peu courtoisement les Américains.
Il reste à se poser la question de l'avenir du Gabon, où vivent de nombreux ressortissants français. Faut-il parier sur une succession en douceur, avec un partage entre les membres du clan au pouvoir, ou doit-on envisager une flambée de violences, comme en Côte d'Ivoire ou au Togo ? Et qui peut assurer que les nouveaux chefs du Gabon poursuivront la politique pro-française de feu le président Bongo ? En Afrique, on n'est jamais sûr de rien, et même la meilleure des realpolitik peut se tromper. Ainsi, l'Elysée avait été totalement pris de court par le coup d'État du général Gueï à Abidjan en 1999, prélude d'une longue descente aux enfers pour la Côte d'Ivoire et la Françafrique.

# Posté le lundi 08 juin 2009 16:23

Modifié le lundi 08 juin 2009 16:33

Les Tulipes et les minarets

Les Tulipes et les minarets
Le 4 juin 2009, le Partij voor de Vrijheid (Parti pour la liberté) a recueilli 17 % des voix aux élections européennes, faisant de ce mouvement classé à l'extrême-droite la deuxième force politique des Pays-Bas. Du bain béni pour le leader du PVV Geert Wilders, qui milite depuis trois ans contre "l'auto-islamisation" de la Hollande.

Geert Wilders est une personnalité ambigüe qui est en passe de devenir le nouvel homme fort de la scène politique hollandaise. Fils d'un allemand fuyant le nazisme, issu d'un milieu catholique modeste, ce grand blond qui promène un air de planteur de tulipes heureux de la vie et un sourire de tribun cynique a été conseiller municipal d'Utrecht avant de se faire élire député. Depuis l'assassinat du cinéaste Theo Van Gogh par un islamiste en 2004, il a fait du combat contre l'Islam son cheval de bataille. « L'islam est une religion fasciste et autoritaire. Quant à Mahomet, c'était un fou, un meurtrier, un pédophile, un idiot... » a-t-il déclaré tout récemment à l'envoyé spécial du Journal du Dimanche aux Pays-Bas. Geert Wilders compare le Coran au Mein Kampf d'Adolf Hitler, fulmine contre la place réservée aux femmes et aux homosexuels par l'Islam, et juge la religion musulmane incompatible avec la culture hollandaise. En mars 2008, il a diffusé un médiocre petit film, Fitna, qui présente l'Islam comme une secte d'assassins. Interrogé à l'époque par Le Figaro, il précise sa pensée: « Un million de musulmans pour 16 millions de Hollandais, c'est trop. (...) Je le dis de manière plus claire : ma culture est meilleure que la culture islamique. Nous ne traitons pas les femmes, les homosexuels, les relations politiques au sein de la société, comme cette culture retardée. Les individus sont égaux. ».
Outre ses provocations contre l'Islam, Geert Wilders milite pour le rattachement de la Flandre aux Pays-Bas. Hostile à l'Union européenne, il veut exclure la Roumanie et la Bulgarie, des "États corrompus", et "tuer" le Parlement de Strasbourg. Il réclame aussi le rattachement des minorités hongroises de Serbie et de Roumanie à une "Grande Hongrie" (sa femme est hongroise).

Alors qu'en France, on préfère se taire sur le résultat des élections hollandaises, la Commission de Bruxelles demande des explications aux Pays-Bas: comment un parti aussi xénophobe a-t-il pu remporter autant de voix? Loin des états d'âmes romantiques des classes politiques, les électeurs hollandais sont de plus en plus nombreux à regarder d'un bon ½il le programme du PVV. « Il plaît aux classes populaires, qui n'ont pas profité de la mondialisation, qui ont peur de l'avenir, des changements culturels et sociaux», analyse dans le Journal du Dimanche Chris Huinder, de Forum, une association qui promeut le développement multiculturel aux Pays-Bas.
« Ce n'est pas vrai du tout que Wilders recueille des voix dans les banlieues ; tout le monde le sait même si on ne le dit pas », répond Sylvain Ephimenco, journaliste franco-hollandais, qui a été pendant 20 ans correspondant de Libération à Rotterdam. « Aujourd'hui, les électeurs de Wilders sont des gens cultivés, même si au début c'était la Hollande des classes modestes, des tatoués. Beaucoup d'universitaires et de gens de gauche votent pour lui. Le problème, c'est tous ces voiles islamiques. »

Le succès de Geert Wilders est dû à une grave crise d'identité que traversent les Pays-Bas. Traumatisés par l'occupation allemande pendant la Seconde guerre mondiale, les Hollandais ont rejeté le mode de vie strict et puritain hérité de la religion protestante dans les années 1950. Les nouvelles m½urs se sont empressées de combler le vide, alors que les valeurs spirituelles et morales s'effondraient. En 2009, la Hollande est un pays majoritairement athée, où le cannabis, la prostitution, le mariage et l'adoption homosexuels ont été légalisés. D'un autre côté, la réussite économique et l'ouverture des frontières ont attiré un nombre croissant d'immigrés, en grande partie musulmans. Le multiculturalisme, encouragé par les gouvernements de gauche, a remplacé tout sentiment d'identité. « C'est le pays où le libre arbitre individuel est le plus développé – au point que l'euthanasie des enfants y est permise – où l'identité chrétienne s'est le plus effacée, où la présence musulmane devient la plus arrogante.» commente Sandro Magister, un grand journaliste italien spécialiste du Vatican.

Cet état de fait inédit a engendré une société complètement schizophrène. La Hollande athée, moderne, rationnelle et libérale fait face à une Hollande gagnée par l'islamisme le plus dur, qui appelle au meurtre des homosexuels, et applique la Charia.
La ville de Rotterdam est la meilleure illustration de ce pays à double visage. C'est dans cette importante métropole que le journaliste italien Giulio Meotti a mené un grand reportage intitulé "Dans la cashba de Rotterdam", paru le 14 mai 2009 dans Il Foglio. Le récit est saisissant. On apprend que le maire local Ahmed Aboutaleb est le fils d'un imam élu grâce au vote de la communauté musulmane, qui est devenu majoritaire. Des quartiers entiers vivent comme au Pakistan. Les femmes portent le hijab, le voile intégral, et ont imposé aux piscines municipales des horaires spéciales pour ne pas rencontrer d'hommes. Les théâtres n'ont pas le droit de présenter des pièces qui critiquent l'Islam ou qui parodient la vie du prophète Mahomet. Les églises, vides depuis longtemps, sont transformées en mosquées. Giulo Meotti rapporte dans son reportage cette anecdote: «Il y a un an, la ville est entrée en ébullition quand les journaux ont rendu publique une lettre de Bouchra Ismaili, conseillère municipale de Rotterdam: "Ecoutez bien, freaks fous, nous sommes ici pour y rester. C'est vous qui êtes des étrangers ici, avec Allah de mon côté je ne crains rien ; laissez-moi vous donner un conseil: convertissez-vous à l'islam et trouvez la paix".»
« Nous avons fini par créer une société parallèle. Les musulmans sont majoritaires dans beaucoup de quartiers et demandent la charia. Ce n'est plus la Hollande. Notre usage de la liberté a fini par se retourner contre nous, c'est un processus d'auto-islamisation » se lamente Bart Jan Spruyt, intellectuel protestant qui collabore au quotidien hollandais Elsevier.

L'étendue d'un tel phénomène n'est pas seulement localisé en Hollande. Il est européen. L'Islam est la troisième religion de l'UE, avec plus de 15 millions d'adeptes, et le nombre de musulmans en Europe a augmenté de 800.000 ces deux dernières années. Leur taux de natalité est largement supérieur à celui des populations occidentales vieillissantes qui ne renouvellent pas leurs générations. En Grande-Bretagne, en Allemagne, en France, les problèmes concernant l'intégration de ces musulmans se multiplient, donnant des arguments aux différents mouvements d'extrême-droite. En 2006, le magazine L'Express commentait: « L'actualité européenne (...) donne l'impression que dans la plupart des pays membres l'islam est devenu sinon un ennemi, du moins un problème commun ». L'Europe, jadis unie contre les Turcs, sera-t-elle désunie par cette immigration incontrôlée ?

Le phénomène hollandais est particulièrement riche en leçons. Au-delà des gesticulations électorales de Geert Wilders (que les sondages désignent comme futur Premier ministre des Pays-Bas en 2011), il est intéressant de noter certains de ses arguments. Interviewé le 3 mars 2009 par Riposte laïque, une revue proche des francs-maçons, Geert Wilders dénonce le relativisme culturel et la déchristianisation de l'Europe: « La plus grande maladie actuelle de l'Europe, c'est le relativisme culturel. Non pas le multiculturalisme, mais cette fausse idée politiquement correcte et gauchiste, qui prétend que toutes les cultures sont égales, ce qui est absurde. Quand on compare la culture chrétienne avec la culture musulmane, on peut constater énormément de différence. Comparer le christianisme à l'islam, c'est comparer la rationalité à la barbarie.(...) Je pense que notre culture judéo-chrétienne est meilleure que l'islam. »

Enfin, cette réflexion de Sylvain Ephimenco, l'ancien correspondant de Libé, journal volontiers anti-clérical, cité par Meotti: « Quand je suis arrivé ici, dans les années Soixante, la religion était en train de mourir, un fait unique en Europe, une déchristianisation collective. Et puis les musulmans ont remis la religion au centre de la vie sociale. Aidés par l'élite antichrétienne. »

# Posté le samedi 06 juin 2009 10:52

Modifié le dimanche 07 juin 2009 13:46