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La chute du Mur de l'argent

La chute du Mur de l'argent
Choc sans précédent dans l'histoire économique américaine: l'ex-n°1 de l'automobile General Motors a déposé son bilan début juin, obligeant le gouvernement de Washington à procéder à une nationalisation au pays de la libre-entreprise.

Band of Brothers est une mini-série produite par Steven Spielberg qui relate les péripéties des soldats américains de la Easy-Company de la 101st Airborne Division pendant la Seconde guerre mondiale. Dans l'avant-dernier épisode, une scène se passe sur une autoroute d'Allemagne, en mai 1945. Les héros croisent une colonne de prisonniers de guerre ennemis, lorsqu'un des soldats de la Easy Company hurle soudain aux graves officiers allemands qui se sont rendus: "Ah ! Vous êtes moins fiers, salauds de fascistes ! Vous allez en bavez ! Implorez votre pardon devant General Motors !"

L'Amérique, c'était General Motors, cet énorme constructeur automobile qui a incarné pendant un siècle la puissance industrielle des États-Unis. Les Cadillac, Pontiac, Chevrolet et autres Buick écrasaient les Volkswagen et s'imposaient sur toute la Planète. Dans les années qui suivirent la capitulation de l'Allemagne nazie, GM était la plus grande firme industrielle au monde, le plus gros employeur des États-Unis. Plus qu'un géant du système capitaliste, c'était un symbole.

La crise économique de l'automne 2008 a été fatale à l'entreprise crée cent ans plus tôt par le self made man William Durant. La bourrasque financière, partie de l'immobilier, a ravagée la banque, puis l'industrie automobile. Après la faillite spectaculaire de Lehman Brothers, qui a laissé muets de stupeur les spécialistes anglo-saxons, c'est au tour de GM de succomber.
Les dirigeants de l'entreprise avaient pourtant joué des mains et des pieds pour échapper au dépôt de bilan. En décembre 2008, alors que Barack Obama avait été élu un mois plus tôt, George W. Bush décida dans les derniers jours de son mandat d'octroyer 9,4 milliards de dollars de crédits d'urgence au constructeur contre la volonté d'une majorité de l'opinion publique... En vain. Le 1er juin 2009, General Motors a déposé son bilan. Après la restructuration, le Trésor américain prendra une participation de 60 % à 75 %. C'est une nationalisation très officielle, dans un pays où l'État a pour règle de ne jamais se mêler des affaires économiques.

Sur son blog, le journaliste Patrick de Plunkett donne quelques pistes pour décrypter la chute de GM: "en 1979, General Motors a fait le mauvais choix en se « recentrant » sur les camions et les 4x4, profitables pour le vendeur mais terribles consommateurs d'essence. C'était voir à très court terme, et ignorer l'échéance inévitable du pic de pétrole (la raréfaction annoncée des gisements dans le monde) avec sa conséquence structurelle : le carburant cher, qui va saper tous les piliers de la société de consommation – et qui aurait dû inciter les constructeurs automobiles à chercher des alternatives, en commençant par renoncer aux gros véhicules." Le ver était donc dans le fruit avant la crise. Mais la course au profit a aveuglé plus d'un responsable. C'est le matérialisme pratique effréné, vainqueur en 1989 de son rival communiste le matérialisme dogmatique, qui a conduit les économies mondiales au désastre. On prônait les principes américains, la libre entreprise, l'ouverture des frontières, la fin du rôle de l'État, tout en faisant fi de toute déontologie... La crise a remis en question cette foi inébranlable.

"L'automobile n'est plus la colonne vertébrale de l'économie américaine, mais elle reste stratégique en raison du nombre d'emplois directs et indirects. Des faillites en cascade, avec la perte de dizaines de milliers d'emplois, creuseraient la récession dans l'ensemble du pays et peuvent entraîner l'effondrement économique du Midwest industriel. Voilà pourquoi Barack Obama fait tout pour sauver ce qui peut l'être des activités de Chrysler et de General Motors, quitte à se montrer «protectionniste» en faveur des emplois dans l'automobile américaine." note Pierre Rousselin, chroniqueur au Figaro.

# Posté le mercredi 10 juin 2009 10:49

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