La Serbie fin 2008

La Serbie fin 2008
Héritière de l'ex-Yougoslavie communiste, la Serbie aura marqué l'acutalité internationale durant cette année, en traversant une crise sans précédent dans son histoire.


Une histoire troublée:
Depuis 1992, la Yougoslavie, fédération communiste qui regroupait les républiques de Slovénie, Croatie Bosnie, Serbie, Monténégro et Macédoine, n'existe plus. Des guerres sanglantes ont ravagé ce vaste ensemble des Balkans, théâtre des haines ethniques et de l'ingérence occidentale.

A la différence des autres républiques, la Serbie est restée sous le contrôle d"un gouvernement communiste jusqu'en 2000. Le chef du régime, Slobodan Milosevic, enrichissait sa famille par le trafic d'armes et la corruption, tout en se maintenant au pouvoir grâce à l'exploitation de la fierté nationale serbe. Destitué, Milosevic fut transféré au Tribunal international de La Haye, en Hollande, où il mourut en 2006.
La Serbie,qui connaît les signes communs des anciens États communistes (corruption, misère, chômage...), a du faire face à une explosion de la criminalité et à l'affaire du Kosovo: depuis 1999, les armées occidentales (majoritairement américaines, allemandes, anglaises et françaises) occupent cette région de la Serbie, peuplée en majorité d'Albanais musulmans pour les"protéger" de Belgrade, selon la doctrine très discutable de l'humanitarisme. Le 17 février 2008, le Kosovo, qui n'a ni administration ni économie, se déclarait indépendant, avec la bénédiction des USA et de la France...

Pour les Serbes, le Kosovo est le berceau historique de leur nation. Ils vivent comme une humiliation le fait d'avoir été bombardé en 1999 par des étrangers pour avoir réprimé une révolte terroriste albanaise. Encore aujourd'hui, le visiteur de Belgrade peut constater que les traces des frappes aériennes américaines sont visibles sur les bâtiments officiels.
Dans ce contexte, la scène politique serbe a été souvent occupée par les nationalistes, qui appellent à reconstruire une "Grande Serbie". En janiver 2008, le leader du Parti radical (SRS) Tomislav Nikolic est arrivé en tête des élections présidentielles, avec presque 40 % des voix dès le 1er tour !

La situation politique actuelle:
Pourtant, les aléas de la fortune ont changé la donne. L'indépendance du Kosovo n'a pas profité aux nationalistes, eux-mêmes divisés en maintenant trois camps: Nikolic, héros du SRS, s'est opposé aux autres dirigeants du parti et a fondé le sien, le SNS. De son côté, le DSS de l'ancien président et Premier ministre Kostunica est en perte de vitesse. Ex-chouchou de l'Occident pour avoir établit la démocratie en Serbie en 2000, Kostunica avait démissionné de ses fonctions en 2008 pour protester contre les pressions américaines sur le Kosovo, et en pariant sur un sursaut nationaliste aux élections, Vaincu par les urnes, il est aujourd'hui complètement grillé.

L'actuel président Boris Tadic est issu d'une famille de dignitaires communistes qui s'est partagée le pouvoir avant et après la chute du Mur. Converti à un libéralisme européen bon teint, il caresse l'ambition de faire entrer la Serbie dans l'UE, ce qui était impensable il y a deux ans! Pour faire plaisir à Bruxelles, il a quasiment accepté le principe de l'indépendance du Kosovo, et désavoue la politique étrangère de la Russie, dont l'ambassadeur à Belgrade était l'allié de Kostunica.
Aujourd'hui, Tadic a les mains libres pour mener à bien ses projets, d'autant plus qu'il contrôle par amis et cousins interposés la police, l'armée et tous les ministères...

Le dynamisme serbe:
Malgré une crise majeure, la Serbie est parvenue à rester en paix et à intensifier ses efforts économiques. Grâce au financement scandinave (la Norvège est le premier investisseur du pays), les dégâts de la période communiste et de la guerre de 1999 sont progressivement effacés. La population, chaleureuse et ouverte, s'occidentalise à vitesse grand V. La Serbie peut compter sur une administration relativement bien formée, même si la corruption et la mainmise de la mafia sur certains secteurs d'activité sont à déplorer.

Comme en Russie, la Serbie connaît un renouveau religieux, qui fait de l'Église orthodoxe une des premières forces du pays. Les offices religieux de Noël et Pâques mobilisent les foules et la cathédrale St Sava, construite à Belgrade grâce aux dons du peuple, est la plus grande du monde orthodoxe. L'Église n'est cependant pas épargnée par les querelles politiques: le chef spirituel des orthodoxes serbes, le patriarche Pavle, très malade et âgé de 94 ans, a vu sa démission refusée en octobre 2008 par les évêques, qui le soupçonnent de vouloir se mettre à l'abri suite à la disgrâce de son ami personnel Kostunica.

Une amitié trouble:
Alliés pendant la Première guerre mondiale, la France et la Serbie ont un passé commun qui reste vivace dans l'esprit des Serbes: beaucoup de personnes âgées parlent un français parfait, et de nombreux monuments dans Belgrade évoquent la fraternité d'armes entre les deux nations. Aussi, la participation militaire française à la guerre du Kosovo et la reconnaissance diplomatique de ce pseudo-pays par notre ministère des Affaires étrangères très "tiers-mondiste à deux poids-deux mesures" ont été vécues dans l'opinion comme de véritables trahisons. Le président Sarkozy, qui souhaite signer des contrats industriels avec la Serbie au printemps 2009, devrait étudier cet appel lancé par Victor Hugo en faveur de la Serbie occupée par les Turcs en 1876:

Le moment est venu d'élever la voix. L'indignation universelle se soulève. Il y a des heures où la conscience humaine prend la parole et donne aux gouvernements l'ordre de l'écouter.

Les gouvernements balbutient une réponse. Ils ont déjà essayé ce bégaiement. Ils disent : on exagère.

Quand finira le martyre de cette héroïque petite nation ?

Ce qui se passe en Serbie démontre la nécessité des États-Unis d'Europe. Qu'aux gouvernements désunis succèdent les peuples unis.
Finissons-en avec les empires meurtriers. Muselons les fanatismes et les despotismes. Brisons les glaives valets des superstitions et les dogmes qui ont le sabre au poing. Plus de guerres, plus de massacres, plus de carnages ; libre pensée, libre échange ; fraternité. Est-ce donc si difficile, la paix ? La République d'Europe, la Fédération continentale, il n'y a pas d'autre réalité politique que celle-là.

Ce que les atrocités de Serbie mettent hors de doute, c'est qu'il faut à l'Europe une nationalité européenne, un gouvernement un, un immense arbitrage fraternel, la démocratie en paix avec elle-même, toutes les nations s½urs ayant pour cité et pour chef-lieu Paris, c'est-à-dire la liberté ayant pour capitale la lumière. En un mot, les États-Unis d'Europe. C'est là le but, c'est là le port. Ceci n'était hier que la vérité ; grâce aux bourreaux de la Serbie, c'est aujourd'hui l'évidence. Aux penseurs s'ajoutent les assassins. La preuve était faite par les génies, la voilà faite par les monstres.

L'avenir est un dieu traîné par des tigres.


Victor Hugo, Paris, 29 août 1876.

# Posté le vendredi 26 décembre 2008 06:29

Modifié le jeudi 11 juin 2009 16:37

joyeux noel

joyeux noel

# Posté le jeudi 25 décembre 2008 03:58

Petit vote

# Posté le mercredi 24 décembre 2008 17:43

Les larmes de Reagan

Le 20 janvier 2009, Barack Obama sera officiellement investi en tant que 44e président des États-Unis.
Il met fin à huit années de règne du chef de l'État sortant George W. Bush.


Depuis 1981, l'Amérique vit sous Ronald Reagan. Décédé en 2004 dans son ranch californien, l'ancien acteur reconvertit en politique, élu puis réélu à une écrasante majorité en 1988, continuait de présider son pays... dans les têtes. Reagan avait rendu aux Américains la dignité qu'ils avaient perdu dans les rizières du Vietnam et leur avait donné une fierté. "America is back !" proclamait-il. Proche du peuple par sa personnalité, dynamique, pragmatique, autoritaire, séduisant acteur, talentueux stratège et presbytérien fervent, celui qui reste une référence intouchable pour les Républicains a laissé derrière lui un bilan impressionnant ( augmentation des dépenses militaires ; déploiement des missiles Pershing II en Allemagne de l'ouest ; lancement de l'Initiative de défense stratégique, aussi appelée guerre des étoiles par la presse ; armement et l'entraînement des groupes anticommunistes, tels que les Contras et les Moudjahidines ; financement de la croissance économique américaine par l'augmentation du déficit budgétaire ; fin de l'inflation qui avait assombri les mandats de ses prédécesseurs, Jimmy Carter et Gerald Ford... ), renforcé par sa « Victoire » dans la guerre froide contre l'URSS, "l'empire du mal".

Aujourd'hui, l'héritage du président au sourire colgate s'étiole. Les inégalités sociales sont de plus en plus aggravées, sa politique de libéralisme est remise en question par la crise actuelle, et son parti a subi une énorme déroute.
Son successeur indirect, George W. Bush, en s'est pas montré à la hauteur de sa tâche. Sans doute a-t-il fait de son mieux, et il est certain que son entourage a largement profité de sa candeur pour s'en donner à c½ur joie... Néanmoins, Bush "junior", qui envia tant son père, le vainqueur de la guerre du Golfe, n'a pas gagné la place historique qu'il convoitait. On retient à présent l'image d'un imbécile, d'un irresponsable qui a envahit l'Irak sur des motifs injustifiés et provoqué des centaines de milliers de morts. Lui qui s'affichait volontiers comme le défenseur de la démocratie a mené une politique mondiale digne des tyrans assoiffés de conquête. Les États-Unis sont un pays haï dans le monde arabe et en Europe, on ironise volontiers sur ce pays de cow-boys indisciplinés et puritains qui ont élu un tel idiot aux commandes. Karl Marx disait déjà en son temps: "Pas plus qu'à une femme, on ne pardonne à une nation de s'être donné à un aventurier le temps d'un moment de faiblesse".

Bush accomplissait une tournée d'adieu en Irak. Il espérait prouver que ce pays, conquis par ses troupes, était bien devenue la démocratie tant souhaitée. Au lieu de cela, il a eu droit à un attentat symbolique : deux chaussures lancées à la figure par l'un des journalistes irakiens qui assistaient à sa conférence de presse avec le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki. Il n'a esquivé les projectiles que de justesse, plongeant derrière le pupitre derrière lequel il s'adressait aux médias. "Tiens, voilà ton cadeau d'adieu, espèce de chien !", a hurlé l'homme qui venait de le viser et de le rater de peu. "De la part des veuves, des orphelins et de tous ceux qui sont morts en Irak !", a eu le temps de crier l'homme, avant d'être terrassé par la sécurité, tabassé et expulsé de la salle de presse du palais gouvernemental.

Triste déchéance pour un homme qui présida huit ans la plus puissante nation du monde. Reagan doit se retourner dans sa tombe.

# Posté le mardi 16 décembre 2008 13:17

Modifié le mercredi 17 décembre 2008 13:18

Mon TOP

Mon TOP
Après avoir livré mon top 5 des hommes et femme politiques que je déteste le plus, il fallait leur opposer un autre top, celui de ceux que j'apprécie le plus. Toutefois, il est plus difficile de critiquer un politicien que d'en choisir un qui nous paraisse correct. De plus, aucun ne partage toutes mes opinions, et la plupart ont leurs propres défauts. J'ai donc basé mon choix sur des critères émanant du charisme, du courage et surtout de l'élégance (une vertu tellement rare chez eux) de ses personnalités.

1 - Jean-Luc Mélanchon

Il est très paradoxal de ma part de glorifier ici un homme profondément de gauche, farouchement laïc et au caractère clownesque. Pourtant, l'honnêteté m'amène à lui attribuer la première place de ce top: Sénateur de l'Essonne (je l'ai rencontré au Sénat l'an dernier), Jean-Luc Mélanchon a quitté le Parti Socialiste avec fracas juste après le premier tour du vote des militants au Congrès de Reims, qui a vu la défaite du candidat qu'il soutenait, Benoît Hamon, et la victoire de ce qu'il appelle la "sociale-démocratie", avec Aubry et Royal.
Mélanchon a toujours cultivé une position iconoclaste au sein du parti. Fin lettré, cultivé, il déplore que les dirigeants socialistes ne s'arrêtent pas "pour lire". Il cite abondamment l'histoire de France, avoue son admiration pour Robespierre (!!!), le tyran fanatique de la République française de 1793, et parle de la "glorieuse révolution de 1917" ! Voilà quelqu'un qui n'a pas peur d'exprimer ses idées. Membre d'une loge maçonnique, Mélanchon défend bec et ongles la laïcité devant les "théocrates": le Dalaï lama et le Pape Benoît XVI.

Une personnalité à l'opposé de mes convictions... Pourtant, Mélanchon défend l'Europe des nations et plaide pour une politique plus proche du peuple, ce que j'approuve. Il a eu le courage de préférer ses opinions à une carrière confortable, sachons saluer un geste là où il y en a un.

2 - François Bayrou

L'ex-candidat-surprise aux 18 % à la présidentielle de 2007 a subi les assauts scandaleux à la fois de l'UMP et du PS. Cependant, le Béarnais tiens la barre, et se cramponne à cette maxime des Pyrénées: "On n'ôte son bérêt que devant Dieu". François Bayrou, lâché de la manière la plus horripilante possible par les élus de son ancien groupe parlementaire regroupés derrière l'inutile Hervé Morin, refuse de faire allégeance à la droite et à la gauche, bien qu'il soit tiraillé entre ces deux pôles. C'est le grand paradoxe de Bayrou: lui-même issu de la droite, peut-il prétendre construire un centre "indépendant" en copiant les propositions de la gauche libérale bobo ? Ainsi, ce catholique pratiquant prône le dogme républicain laïc avec la ferveur d'un anti-clérical. Il est même favorable au mariage homosexuel, condamné par l'Église. Un manque de cohérence qui serait inquiétant, si Bayrou ne brillait pas par son éloquence et sa détermination qui forcent le respect.

3 - Philippe de Villiers

"Si j'avance, suivez-moi, si je meurs, vengez-moi...". Le président du Conseil général de Vendée a fait sienne la devise des combattants vendéens, insurgés au nom de leur foi contre une Révolution française totalitaire. Depuis plus de vingt ans, Philippe de Villiers se bat pour des valeurs non-négociables: la patrie, la nation, la morale, l'ordre, la sécurité, le mérite... Il est notre boussole, notre bonne conscience politique, qui jamais n'a dévié de son projet initial. Hélas, le temps joue contre lui. Les élections se sont succédées, tantôt glorieuses, tantôt décevantes, et les traîtres se sont mis à l'½uvre. Aujourd'hui marginalisé par Sarkozy, Villiers ne doit sa survie qu'à l'adhésion à sa personne d'une partie de l'électorat du FN, qui a enfin compris qu'il n'avait rien à espérer de Le Pen. Ces élections de juin prochain seront décisives pour lui.

4 - Marc Le Fur

On disait la Bretagne livrée aux "démocrates" urbains socialistes et au complexe agro-alimentaire qui nourrit les caisses électorales de l'UMP. Pourtant, il ne faut pas se décourager: dans les Côtes-d'Armor, le député Marc Le Fur, vice-président de l'Assemblée nationale a eu le courage de s'élever contre le projet de son propre parti: laisser les magasins ouvrir le Dimanche. "Le combat que nous menons n'est pas un combat de personnes mais un combat de valeurs." affirme-t-il, bien décidé à ne pas laisser les libéraux sans foi ni loi sacrifier les repères sociaux de notre pays à la dictature du profit. Chapeau bas !


# Posté le samedi 13 décembre 2008 09:31

Modifié le jeudi 11 juin 2009 16:36