Beaucoup de mouvement dans la sphère politique ces derniers mois! Tâchons d'y voir plus clair.
Droite: Le président Nicolas Sarkozy, toujours en difficulté dans les sondages, a présenté des réformes ambitieuses sur plusieurs dossiers: les OGM et les suppressions d'emploi dans les différents corps de métier (l'armée et l'Enseignement, surtout). La loi sur les OGM, concoctée pour faire plaisir au lobby agro-alimentaire, a été rejetée par une faible majorité au Parlement: il s'agit d'un échec personnel pour le président.
Autre déconvenue: la "bourde" des 35 heures. En réclamant la suppression de ce système désastreux pour l'économie française instauré par le PS du temps de la Cohabitation Jospin (1997 - 2002), Patrick Devedjian, secrétaire général du parti de la Majorité, l'UMP, s'est attiré les foudres du chef de l'Etat, qui ne veut pas se mettre à dos les masses prolétaires, attachées à leurs privilèges d'Ancien régime. Pourtant, la suppression des 35 h figurait bien dans le programme du candidat UMP en 2007...
Enfin, la grogne des députés de l'UMP, menés par leur chef de file, Jean-François Copé, s'étend contre le pouvoir exécutif. Cela se comprend, car Sarkozy, dans sa réforme des institutions, veut faire évoluer le système français, basé sur l'équilibre de l'exécutif (président) et du législatif (Parlement) en régime américain (président à l'autorité réaffirmée). De quoi bien énerver les députés, tellement jaloux de leurs privilèges.
Seul côté positif: le gouvernement à tenu bon face aux grèves lycéennes (encadrées par des syndicats communistes et des profs socialistes).
Gauche: A la fin de l'année, le Premier secrétaire du Parti socialiste François Hollande quitte ses fonctions. De quoi aiguiser la convoitise de tout un tas de prétendants au trône du plus grand parti de Gauche. Déjà, l'ex-candidate PS de 2007 Ségolène Royal a clairement affichée ses ambitions pour ce poste. Mais face à elle se dresse deux rivaux de poids : Bertrand Delanoë, le maire de Paris fraîchement réélu, et Martine Aubry, maire de Lille. Un nouveau venu trouble cette lutte à trois : Pierre Moscovici, député du Doubs. Le futur Premier secrétaire serait un candidat idéal du PS en 2012.
La lutte de chefs est une spécialité du PS, d'autant qu'elle s'étale dans la presse au grand jour. Elle a un avantage : elle permet l'existence de plusieurs courants et la tenue d'un grand débat démocratique (une situation qui diffère de l'UMP : en 2004, Nicolas Sarkozy avait eu une élection stalinienne à la tête du parti face à un opposant marginalisé, Nicolas Dupont-Aignan). Elle a un inconvénient : elle brouille le message socialiste à l'adresse des cadres et militants.
Ségolène Royal a l'avantage d'être soutenue par la couche profonde et populiste du PS (les fameux « adhérents à 20 euros »). Mais depuis le scrutin de 2007, l'euphorie qu'elle suscitait dans les médias est retombée. De plus, les cadres du parti se méfient de cette aventurière.
Bertrand Delanoë est bien placé pour disputer la vedette. Auréolé de sa victoire parisienne, appuyé par les journaux de Gauche, tel que Le nouvel Observateur, il présente l'avantage d'être un homme « de son temps », qui ne cache pas son homosexualité, thème cher au PS. Pourtant, ses idées libérales hérissent les vieux ronchons socialistes habitués aux discours rouges de nationalisations.
Martine Aubry bénéficie d'une bonne implantation locale dans le Nord. Quant à Pierre Moscovici, il bénéficie d'une toute nouvelle notoriété... Affaire à suivre!
Centre: Autrefois chouchou des médias, François Bayrou a réussi l'exploit de disparaître de la scène nationale. De plus, son grand rêve de faire apparaître un Centre démocrate indépendant dans le paysage politique est au point mort. La faute à l'UMP et au PS, qui ne veulent pas du MoDem pour gêner leur bipolarisation.
François Bayrou doit faire face à une série de désertions au sein de son parti. Dernier départ en date, le sénateur Jean Arthuis, rare parlementaire à l'avoir suivi lors de la « scission » d'Hervé Morin à l'été 2007, qui conteste son autorité. « Le MoDem est une secte » proclame-t-il, sous le regard bienveillant de Nicolas Sarkozy. De son côté, Hervé Morin, actuel ministre de la Défense et ancien N°2 de l'UDF ayant rallié le camp sarkozyste juste avant les élections législatives avec 80 % des élus centristes, a crée un parti fantoche, le NC. Inféodé à l'UMP, ce mouvement qui compte très peu de militants ne fait que suivre la politique du président sans discuter.
Extrême-gauche: Olivier Besancenot, jeune leader de la LCR, la plus grosse composante trotskiste (4.5 % des voix en 2007), marque des points tous les jours. Au sein de sa famille politique, d'abord, il a réussi à éclipser toutes les autres chapelles extrémistes communistes (LO, PT...) et à s'imposer comme seul chef de file crédible. Il compte fonder d'ici peu le NPA (Nouveau Parti Anticapitaliste). Dans les médias, son charisme et sa franchise plaisent. Il a d'ailleurs réussi un joli coup de pub en se prétendant victime d'un « complot » de la part des multinationales. Son passage à l'émission populaire Vivement Dimanche a été un succès. D'après les sondages, environ 60 % des Français ont une opinion positive du facteur troskiste.
Besancenot, même s'il dissimule ses ambitions, rêve de fédérer toute la Gauche radicale sous sa coupe. Afin d'affaiblir le PS, tiraillé entre libéralisme moderne et socialisme archaïque, Nicolas Sarkozy soutient l'initiative d'un leader communiste ayant appelé à l'émeute pour barrer la route au gouvernement!
Extrême-droite: Les difficultés financières du FN, doublée d'une lutte de clans, et la disparition de Bruno Mégret jettent la Droite identitaire dans une situation explosive. Après le score décevant du FN aux élections municipales de Mars dernier (à l'exception de Marseille, où le parti de Le Pen a raflé 10 % des voix), les militants sont démoralisés. De plus, le FN a contracté une dette financière de 9 millions d'euros auprès de son bailleur de fonds, le député de Normandie Fernand Le Rachinel. Ce dernier, très mécontent de ne pas être remboursé, a déjà engagé une procédure judiciaire contre Jean-Marie Le Pen : une de plus ! Du coup, le vieux leader du Front a été obligé de vendre le siège de son parti, à St Cloud, ainsi que sa limousine blindée... Quelle déchéance pour celui qui a joué à l'électron libre de la politique française dans les années 1990 ! Il n'est même pas sûr de transmettre le flambeau à sa fille, Marine, car l'aile dure du parti, menée par Bruno Gollnisch et Carl Lang, rejette cette héritière de Mai 68, qui désire abandonner les thèses racistes et antisémites de Jean-Marie Le Pen.
Ajoutons à cela la création d'un nouveau parti d'extrême-droite, la NDP (Nouvelle Droite Populaire), qui rassemble des personnalités assez diverses issues du FN ou du MNR. La caractéristique de la NDP est de pouvoir compter sur des élus de terrain, comme Robert Spieler, conseiller régional d'Alsace. Jean-François Touzé, conseiller régional de Paris, est l'actuel leader de ce nouveau parti, qui affiche la volonté de construire une Droite extrême, mais présentable, entre le FN et l'UMP.